Jeudi 19 septembre 2019

Cercle Artistique et Littéraire de Gand

Invité à la tribune du Cercle artistique, Jacques Offergeld, directeur des Cahiers de la Semaine, a fait part de sa préoccupation devant l’évolution de l’Europe. Pour lui, on assiste à un dangereux phénomène d’autodestruction dont les conséquences pourraient être ravageuses pour ensemble des pays du continent.

Après avoir remercié la présidente, Mme Yvergneau, et souligné le plaisir qu’il éprouve toujours à se retrouver au Cercle, l’orateur se définit comme un “europhile déçu et attristé”.

Jacques Offergeld : ”Quand l’Europe s’autodétruit”

“Aujourd’hui, souligne-t-il, il est de bon ton de cracher feu et venin sur l’Europe. Ce qui revient à oublier ses mérites dont le premier et le plus important est d’avoir garanti 70 ans de paix à notre continent. Pour mémoire, entre 1870 et 1945, la France et l’Allemagne se sont fait trois fois la guerre”.

L’Europe, poursuit-il, c’est un énorme marché où le libre-échange a permis un développement économique et social sans précédent.

Mme Yvergneau et Jacques Offergeld (Photo : Cral)

De plus, et même s’il est vrai que l’Europe est un géant économique mais un nain politique, il n’en reste pas moins que face à des puissances comme les États-Unis, la Chine et la Russie, aucun pays du Vieux continent n’est assez puissant pour avoir la moindre chance de maintenir seul des rapports équilibrés avec ces nations. Que pèsent Angela Merkel ou Emmanuel Macron face à Donald Trump, Xi Jiping ou Vladimir Poutine ? Poser la question, c’est y répondre.

Pour autant, l’Union européenne n’est pas exempte de défauts, reconnaît M. Offergeld. Le premier est le sentiment qu’ont les populations de se trouver devant une machine déshumanisée. Ce qui n’est malheureusement pas faux.

Le second est le manque de démocratie. Dans les faits, et même si les pouvoirs du Parlement européen ont été étendus, c’est l’administration et une Commission non élue qui font la pluie et le beau temps, sans le moindre contrôle des citoyens. Avec de surcroît une volonté impérialiste allemande visant à s’attribuer tous les postes, notamment au niveau des directions générales et/ou des postes clés à la Commission et au Parlement européen.

Des décisions malencontreuses

Enfin viennent une série de décisions pour le moins malencontreuses. La majorité des Européens veulent bien secourir les personnes menacées mais sont opposées à l’arrivée massive de migrants économiques. Que fait Mme Merkel ? Elle ouvre largement les frontières et veut imposer sa politique à ses partenaires. L’Allemagne prêche l’abandon du nucléaire mais pollue tous ses voisins avec ses centrales au lignite. Et, en même temps, la Commission impose aux entreprises européennes des normes environnementales dont sont exemptés les Chinois, les Américains, les Indiens, les Brésiliens, etc.

Ce qui conduit à affaiblir considérablement la compétitivité des entreprises européennes sur les marchés extra-communautaires. Tout comme l’a fait pendant des années la politique d’euro fort de M. Trichet qui a créé un fort sentiment anti-européen dans tous le pays Sud du Continent. Quant à l’absence de volonté d’acquérir une autonomie énergétique, alors que c’est tout à fait possible, c’est une faute gravissime.

Faut-il en conclure que l’Europe est une condamnée à mort qui s’ignore ? “Non”, répond Jacques Offergeld. “Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Il convient de sauver l’Union européenne. Mais, en même temps - et c’est la condition sine qua non de sa survie - elle doit se réformer en profondeur. Devenir réellement démocratique et cesser de prendre des décisions contraires à la fois à la volonté et aux intérêts des Européens. C’est encore faisable. Mais cela exigera probablement l’arrivée d’une nouvelle génération de personnalités politiques pragmatiques et d’en finir avec les doctrinaires’.

Jacques Offergeld en pleine conversation avec M. François Deren (Photo : Cral)