“Gilets jaunes” et pouvoir d’achat

L’étonnant succès de la manifestation des “gilets jaunes” en France devrait donner à réfléchir aux responsables politiques et sociaux. Voilà des inconnus qui, grâce à quelques messages biens sentis répercutés des millions de fois sur les réseaux sociaux, arrivent à mobiliser des centaines de milliers de personnes et à partiellement paralyser tout un pays. Au-delà de la légitime révolte contre une hausse des taxes sur les carburants, il apparaît que les raisons du mécontentement (et c’est peu dire) populaire sont plus profondes et plus nombreuses.

Si  l'on ne peut évidemment que déplorer qu’il y ait eu deux morts et des centaines de blessés, ce mouvement montre plusieurs choses :

1/ Que la révolte gronde. Pour mémoire, ce sont souvent les abus fiscaux des gouvernements qui ont entraîné des révolution. Rappelons-nous 1789. Dans l’Histoire, le même phénomène a été observé dans d’autres pays, avec des intensités et des conséquences diverses.

Indépendant

2/ Ce mouvement est totalement indépendant. Même si certains partis et/ou syndicats ont essayé de le récupérer, assez vainement à ce jour. Sans ambiguïtés, ses promoteurs sont des citoyens ordinaires dont un beaucoup ne cachent pas avoir voté en faveur d’Emmanuel Macron aux élections présidentielles, et qui sont de toute évidence écœurés par leur candidat. Sans pour autant adhérer aux thèses de ses adversaires. Quels qu’ils soient.
On se trouve donc devant une action spontanée de rejet des structures organisées qu’il s’agisse des partis politiques ou des syndicats.

Rupture

3/ Si ce mouvement s’est articulé contre les hausses abusives des taxes frappant le carburant, il faut bien observer que ces dernières n’ont été que le détonateur d’un malaise bien plus profond et qui n’a fait qu’augmenter au fil des années. Autrement dit, la goutte qui a fait déborder le vase. Le problème majeur réside dans la rupture de plus en plus nette entre une population qui se sent délaissée et appauvrie et des “élites” souvent autoproclamées et déconnectées de la vie quotidienne de Monsieur Tout Le Monde. S’il serait injuste d’imputer la responsabilité de ce mouvement au seul Emmanuel Macron (ses prédécesseurs portant de lourdes responsabilités dans cette rupture), il n’en reste pas moins que l’arrogance, la morgue, la brutalité et surtout la méconnaissance des réalités sociales de son pays de l’actuel locataire de Élysée ont considérablement envenimé la situation.

Priorité absolue au pouvoir d’achat

4/ Cette révolte contre les hausses de carburant montre que les arguments de protection de l’environnement qui servaient de prétexte et de justification à cette inflation de taxes, ne sont pas acceptés. Nous avons toujours écrit depuis longtemps que les billevesées environnementalistes restaient l’apanage de bobos et de quelques agitateurs pétaino-marxiste (1). Un récent sondage réalisé en France confirme cette analyse : 66% des personnes interrogées considèrent que la protection du pouvoir d’achat doit primer sur la transition écologique.

La planète a toujours connu des changements climatiques. Et en connaîtra toujours.Et, de gré ou de force, les hommes ont bien dû s’y adapter. La Nature restant toujours la plus forte. Quant à la cause anthropique d’un léger réchauffement, elle tient en deux  mots : démographie galopante. La multiplication des êtres humains génère automatiquement un développement de chaleur et une croissance exponentielle de demande de biens dans tous les domaines. Il y a de plus en plus de personnes, à nourrir, à loger, à vêtir, à transporter, à soigner, etc. Ce qui génère mécaniquement une croissance de la demande d’énergie. Seule une politique mondiale de contrôle de naissance pourrait arrêter cette course folle. Mais, là, on se heurte aux préjugés, aux coutumes et aux grandes religions. En observant toutefois que le pape actuel a une vision plus pragmatique que ses prédécesseurs en cette matière.

Effondrement ou renouveau ?

5/ Que va-il en émerger ? Ce mouvement des “gilets jaunes” va-t-il s’éteindre aussi vite qu’il a crû ? Ou, au contraire, va-t-il au devenir une formation politique d’un modèle nouveau, à l’instar de ce que on a vu en Italie avec le Mouvement 5 Stelle ? Il est très difficile de le dire. Le succès initial de 5 Stelle était dû à la personnalité tout à fait particulière de son fondateur, Beppe Grillo, humoriste et énorme vedette dans la Péninsule. Mais si un homme de spectacle, éloigné du monde politique, a pu mobiliser des millions d’Italiens, c’est bien  parce que ces derniers en avaient assez la classe politique de leur pays et voulaient un changement radical .Qu’ils ont d’ailleurs actuellement. Le même phénomène pourrait-il s’étendre à d’autres pays et à la France en particulier ? Pour mémoire quand, en novembre 1980,  Coluche avait annoncé son intention de se présenter à l’élection présidentielle, les sondages l’avaient crédité dès le premier jour et à l’unanimité (chose rare) de 16 % d’intentions de vote.
Et cela dans une période infiniment plus calme que celle que nous connaissons actuellement.

Quoi qu’il advienne dans l’avenir du mouvement des “gilets jaunes”, une chose est certaine : il a non seulement montré la profondeur du mécontentement populaire mais surtout que la révolte gronde. Certes, révolte ne veut pas dire révolution. Mais le feu couve. On l’a vu dans les urnes avec le mouvement de “dégagisme” observé lors des élections françaises, allemandes et plus encore italiennes.

Les gens n’acceptent plus que, dans des pays riches, le nombre de pauvres soit en croissance constante, que le pouvoir d’achat des classes moyennes s’érode régulièrement, que des migrants passant avant les SDF, etc. Et  surtout que l’argent qui leur est pris soit gaspillé dans des projets irrationnels et dans des administrations trop lourdes, tatillonnes et, pour certaine franchement inutiles.

En définitive, le mouvement des “gilets jaunes” est un nouvel avertissement aux dirigeants. Vont-ils l’entendre ? Jusqu’à présent, le violence a été relativement évitée, même s’il y a quand même eu un décès et des centaines à déplorer. Mais...

(1) Pétaino-marxiste parce que la lecture des programmes des Verts révèle parfois d’étonnants mélanges entre les principes défendus par l’Etat Français de Pétain et ceux promus par les courants marxistes traditionnels

Vous avez dit “pollution”

Comment les personnes à petits revenus qui voient flamber les taxes sur les carburants peuvent-elles accepter ces dernières quand on sait qu’un seul porte-containers faisant la liaison entre la Chine et l’Europe pollue plus sur un seul voyage que tout le parc automobile français pendant un an ?

Propose-t-on d’interdire tout le transport maritime ? Évidemment et heureusement non. En revanche, il convient de cesser de prendre, au nom d’une illusoire protection de l’environnement, des mesures qui ne frappent que les plus faibles et grèvent leur maigre pouvoir d’achat.

Des dirigeants européens affaiblis

S’il est clair qu’Emmanuel Macron sort affaibli de la crise des “gilets jaunes”, ses principaux collègues européens ne sont pas dans des situation plus enviables.
 
En Allemagne, Mme Merkel va de défaite électorale en défaite électorale, a dû renoncer à se représenter à la présidence de son parti et n’est même pas certaine de pouvoir terminer son mandat. Elle n’a pas fini de payer l’ouverture de ses frontières à 1,5 million de migrants dont personne ne sait que faire. Et surtout dont ses compatriotes ne voulaient pas.

En Grande-Bretagne, Mme May n’est pas dans une situation plus enviable. Par sa propre faute, il est vrai. En provoquant des élections anticipées qu’elle a perdues, elle a évidemment scié la branche sur laquelle elle était assise. Quant à l’accord qu’elle a conclu avec l’Union européenne, il est moins favorable à la Grande-Bretagne que ne l’était celui projeté par MM. Tusk et Cameron. La seule chance de Mme May est que personne n’a vraiment envie de lui ravir sa place. Tout au moins tant que le problème du Brexit ne sera pas réglé.

En Espagne, Pedro Sanchez qui dirige un gouvernement socialiste minoritaire, est dépendant du bon vouloir des communistes de Podemos et des partis autonomistes et/ou séparatistes. Ce qui exclut toute vision politique à moyen terme.

Face à des Poutine, Xi Jinping et même Trump, bien assis, ces faiblesses européennes ne laissent pas d’être inquiétantes