Jean-Pol Hecq

Jean-Pol Hecq

Tea Time à New Delhi

Mêler la réalité à la fiction, c’est un genre littéraire et un art difficile. Ce n’est pas celui que je préfère mais je reconnais, sans me faire prier, que Jean-Pol Hecq y excelle. Après trente ans de RTBF, et désormais en charge de la communication du Centre d’Action Laïque, Jean-Pol Hecq avait publié l’an dernier un premier roman, ‘Georges et les dragons’, fort bien accueilli par la presse. Avec ‘Tea Time à New Delhi’ le succès se confirme. (1)

Avec ingéniosité, l’auteur part d’un événement réel, le voyage du Che en Inde en juillet 1959, pour imaginer un tête-à-tête du révolutionnaire cubain avec la fille de Nehru, Indira Gandhi. Qu’ils se soient rencontrés lors d’un banquet officiel est un fait. On sait qu’ils se sont entretenus en français, langue que l’un comme l’autre maitrisaient. Des affinités littéraires les rapprochaient. Ils admiraient Tagore. Et ,de sa jeunesse universitaire en Grande-Bretagne, Indira gardait le souvenir de la Guerre d’Espagne qui enfiévrait les soirées politiques.

Jean-Pol Hecq se fondant sur ce partage de sentiments le prolonge dans une Tea Party ; tête-à-tête secret. Il imagine une autre rencontre tout aussi secrète, organisée par Indira avec le sage indien Krishnamurti. ‘Prenez conscience de ce dont vous êtes capable et faites-le’. Ce que fit le Che et le conduisit à sa mort en Bolivie. On sait le rôle joué par la C.I.A.

Avant l’épilogue, nombreuses furent les tentatives d’assassinat. L’auteur en prend prétexte pour conter celles qui auraient pu se perpétrer durant le voyage en Inde. Ce qui donne à une partie du roman le tempo d’un thriller. On s’y laisse prendre. Œuvre multiforme, Tea Time à New Delhi offre une approche très bien enlevée de la géopolitique dans laquelle s’insèrent Indiens et Cubains. L’indépendance des premiers découle de la non-violence du Mahatma Gandhi. Celle des seconds est arrachée, les armes à la main, par Fidel Castro et ses barbudos.

S’inscrivant dans le camp des non-alignés, Nehru compose… une fois avec les Britanniques et les Américains, une autre fois avec les Soviétiques ou les Chinois. Pour les Cubains, les États-Unis constituent un adversaire sans merci. Et réciproquement.

L’Inde demeure imprégnée par son passé. Stick sous le bras, salut impeccable, l’officier indien est l’héritier de l’Armée des Indes. En treillis et en patauges, les Cubains, le visage ombré, mangé par la barbe, descendent des montagnes. Les mentalités s’en ressentent.hecq_1.jpg

Tout cela Jean-Pol Hecq le décrit bien. Il sait camper le décor. Il se fonde sur le réel, en fait un socle pour rendre l’imaginaire plausible. Ce qui notifie la citation d’Hemingway mise en exergue. ‘ … il est toujours possible qu’une œuvre d’imagination jette une lueur sur ce qui a été rapporté comme un fait’.

Editions Luce Wilquin – 133 pages – 20 €

Luc Beyer de Ryke