Jeudi 19 septembre 2019

Le règne d’Albert II

Vincent Leroy est un spécialiste de la famille royale. Même s’il a écrit un ouvrage dédié à Emile Verhaeren, ses principaux livres ont été consacrés au prince Charles, à la reine Paola, à la princesse Astrid, etc. Dans Le Règne d’Albert II, il suit année par année l’action du premier souverain amené à régner sur un pays fédéralisé. Autrement dit, à élaborer de nouveaux codes, les anciens étant devenus obsolètes. Et cela sans référence. Ex nihilo.

A la mort subite du Roi Baudouin, un certain nombre de responsables politiques, sociaux et économiques se demandaient si le frère du roi défunt allait monter sur le trône ou, au contraire, céder sa place à son fils, Philippe. Les rumeurs les plus folles couraient tant dans les salles de rédaction que dans le milieu  politique. Même le Premier ministre de l’époque, Jean-Luc Dehaene, se posait la question. Sans évidemment pouvoir interroger directement le principal intéressé. Qui lui fit part de ses intentions dans l’avion qui les ramenait de Motril.

A la lecture du livre de Vincent Leroy qui a manifestement “épluché” avec la plus extrême attention les discours royaux, on trouve un évident fil conducteur aux vingt années de règne d’Albert II : la sauvegarde de l’unité de la Belgique, dans le cadre des nouvelles institutions. Il n’y a pratiquement aucune de ses interventions officielles où il n’évoque pas ce sujet. Parfois de manière directe, parfois de façon plus détournée, mais le message reste le même.

Un autre des sujets récurrents dans les déclarations d’Albert II est l’importance de la construction européenne. Celle-ci est au centre de ses préoccupations pour deux raisons. D’abord économique. En tant que prince héritier, il fut président d’honneur du Commerce extérieur et, à ce titre, a conduit de nombreuses délégations aux quatre coins du monde. A cette place, il a pu mesurer l’importance du libre-échange pour un petit pays à vocation exportatrice comme le nôtre. Ensuite, parce que le succès de la construction européenne montre qu’il est possible de s’entendre entre gens ne parlant pas la même langue mais étant habités par des objectifs communs. La transposition à la situation belge est évidemment limpide.

Le poids de l’affaire Dutroux

Dans son livre, Vincent Leroy revient sur un autre point important de l’action d’Albert II : la défense des enfants. Thème qui, lui aussi, sera récurrent dans ses discours et son action.
A peine monté sur le trône, il avait été confronté à l’horreur de l’affaire Dutroux. A ce moment, il avait pu mesurer le fossé qui sépare la classe politique du reste de la population. En effet, l’auteur  rappelle un événement qui en montre l’importance : “Le Palais publie le 20 août un communiqué faisant part de la tristesse des souverains. La presse le considère trop tardif et reproche au couple royal de ne pas revenir de leurs vacances à Chateauneuf-de-Grasse. En fait, le Roi et la Reine souhaitaient revenir en Belgique mais le Premier ministre leur aurait dit par téléphone qu’il ne couvrirait pas cet acte et qu’il resterait, lui, en vacances en Sardaigne. Jean-Luc Dehaene n’avait pas mesuré l’ampleur de l’émotion, considérant l’affaire Dutroux comme un simple fait divers. Souhaitant ne pas créer une crise de méfiance entre le gouvernement et lui, le roi est resté contre son gré dans le sud de la France”.

Il faudra la “marche blanche” et la peur qu’elle ne tourne à l’émeute pour que Jean-Luc Dehaene comprenne enfin la gravité de la crise née de l’affaire Dutroux. Qui, soit dit en passant, a probablement été le détonateur d’une situation latente.

“Le règne d’Albert II” est non seulement la chronique des vingt années de règne de ce souverain mais un peu aussi celle de l’Histoire de notre pays durant cette période.

“Le règne d’Albert II”
Vincent Leroy
Imprimages Ed. - Mariembourg - 2013
Réédition 2018 - 10 €