L’Esprit Frappeur

Ce fut un vrai bonheur que la lecture de ‘L’Esprit Frappeur’ d’Albert-André Lheureux. Un bonheur tout empli de nostalgie où se mêlent les rires, les sourires et les larmes.

“L’Esprit Frappeur” est le récit joliment enlevé d’une aventure théâtrale qui débute au début des années soixante et s’achève en 1990. Garrotée par la suppression de subventions décidée du temps de Valmy-Féaux, là baptisé ‘Vas-y-Fleaux…

Le coup de griffe de l’auteur se comprend. L’aventure vécue et partagée était merveilleuse. Elle précède la création du Théâtre. Elle est familiale, elle appartient à ce que Jean Anouilh a appelé ‘Le paradis perdu de l’enfance’. Ce paradis, Albert-André n’a jamais voulu le quitter. Lheureux. Il porte bien son nom.
Enfant, il était déjà un baladin du bonheur. Il s’était, à lui tout seul, créé un petit théâtre ameutant les passants dans un porte-voix en carton. Compris par ses parents, au fil des ans les marionnettes et le cirque miniature devinrent un vrai théâtre et de vrais acteurs.

Les souvenirs d’Albert-André sont emplis de leurs noms; nombre d’entre eux apportent la magie de leur univers. Qu’il s’agisse de Jacques Brel au temps où l’Esprit Frappeur brusselait ou d’Hergé auquel il arriva un soir de tenir le bar.
Gilbert Bécaud était devenu en ami et je me souviens de l’inoubliable soirée où je pus approcher Marlène Dietrich. Je rapportai chez moi un verre dérobé où s’étaient marquées par son rouge, les lèvres de l’Ange bleu.

Avec émotion Albert-André parle de ses parents. Je les ai connus et même j’ai travaillé avec son père au Journal Télévisé ou il développait des films. C’était un homme d’une grande gentillesse.

Avec la lecture de cette vie théâtrale, nous vivons et revivons tant de noms qui ont fait fleurir le jardin des Lettres et les acteurs qui leur ont donné une expression et une âme. On y trouve Ionesco, Cocteau et, chez nous, Yves-William Delzenne et Les Désirables.
Albert-André parle des deux comédiens à la fois étranges et exceptionnels qui l’illustrèrent : Pietro Pizzoti et Marie-Claire Beyer qui s’y sont révélés d’une présence rare. Leur interprétation était bouleversante.
Ailleurs, l’auteur rappelle le nom de Marthe Dugard, de Suzy Falk ou Jacqueline Bir.
On ne finirait pas d’évoquer ce florilège où l’on trouve dans des registres si différents – mais qui appartiennent à l’Histoire – la grande tragédienne Maria Casarès et le fou chantant Charles Trenet.

Cette gerbe de souvenirs est préfacée par l’ami de toujours qu’est Jacques De Decker.
Il évoque les ports d’attache provisoires et innombrables dans lesquels nous amène Albert-André Lheureux. Notre seul regret est de ne pas nous y attarder davantage.

Genèse édition – 199 pages – 19.50 €

 

Luc Beyer de Ryke